Archives de catégorie : Littérature

Je suis un génie de Susie Morgenstern

C’est Susie qui a dit qu’il l’a dit, alors on n’a pas de raison de ne pas y croire !

Mon chéri Shel Silverstein m’encourage :
– Fais un dessin fou
écris un poème loufoque
chante une chanson cucul
siffle un soliloque
danse comme un derviche
à travers le plancher de ta niche
mets quelque chose de frivole au monde
qui n’était pas là avant. –

Méthode de “génialogie” quotidienne, répertoire subjectif de ses propres génies et manifeste à l’usage de ceux qui doutent de leur talent. Un petit texte de la grande Susie Morgenstern qui fera du bien au moral de tous les génies qui s’ignoraient encore avant cette lecture.

L’Iconopop, saison 4

Pas dans le cul aujourd’hui de Jana Cerna

L’underground pragois face au stalinisme. La lettre d’une femme provocatrice, féministe, indépendante et absolument amoureuse à son amant. À lire, pour ceux qui ne connaissent pas l’autrice, à la lumière de la préface de Anna Rizzello. Un contexte qui compte… Ce qui n’enlève rien à l’intemporalité du propos mais souligne son caractère résolument avant-gardiste.

À celles et ceux que l’adjectif “raisonnable” – appliqué à la création, à l’amour, au désir, au sexe – fera toujours frémir.
À celles et ceux qui démolissent résolument les barrières entre les chemins qu’emprunte leur envie de l’autre.
Et aux autres… Parce qu’un brin d’anti-conformisme ne fait pas de mal, je crois.
Un texte beau et brûlant, comme un orgasme intensément impudique qui abolit toutes frontières entre ventre et tête.

Bel Abîme de Yamen Manai

“Vous savez, la tête, c’est une cheminée, la vie un long hiver et les souvenirs et les livres, des morceaux de bois.
(…)
Dans ce monde de façades, ce qu’il y a de plus précieux est ce qui coûte le moins. Un livre, une étreinte, et l’amour, l’amour, ne serait-ce que celui d’un chien.

Tunisie, après ce printemps qui n’amènera que du vent à celles et ceux qui ont eu de l’espoir.

Le monologue d’un adolescent d’une quinzaine d’années, adressé alternativement à l’avocat commis d’office et au psychologue judiciaire, qui déroule le récit d’un avenir dos au mur dans un pays rongé par le désespoir et la misère.

Lorsque la violence et le mépris harcèlent de toutes parts et sont les seuls horizons, les seuls modèles et héritages, peut-on honnêtement parler de choix ? ne serait-ce que d’une possibilité de faire autrement ?
Comment faire lorsqu’on vous retire la seule petite lumière, apparue au milieu de cet enfer, qui laissait enfin croire qu’autre chose était possible ?
Quand il n’y a rien, nulle part et jamais, qui peut croire que la colère est injustifiée ?

Un texte court, fort et tristement réaliste sur la Tunisie d’aujourd’hui et ce qu’il reste de sa “révolution”.

L’arbre de colère, de Guillaume Aubin

Je suis une montagne, je suis une Peau-Mêlée.

La naissance de Fille-Rousse est entourée de mystère. Elle grandit dans une tribu amérindienne, fille qui partage les jeux des garçons, et sera reconnue comme Peau-Mêlée, un être à part, homme et femme à la fois, reconnue comme telle par certains et mis à l’épreuve par d’autres.

J’ai gagné de vivre encore avec les arbres et pas devant ma tente. Il dit aux autres que c’est moi qui ai triché. Il dit que j’ai menti. […] Est-ce qu’il me faut regagner chaque jour mes droits ? Est-ce qu’il faut se battre cent fois sans jamais trébucher ? Non. j’ai joué selon les règles, et j’ai gagné.

Un premier roman sur les traces d’une jeune fille en quête de liberté et d’identité, qui nous fait découvrir les tribus semi-nomades des Premières Nations canadiennes, entre l’amour des familles et la violence des rites et des combats, entre traditions ancestrales et évolution forcée par l’arrivée des Européens.

Je me trouve sur une plage,d’où je peux regarder l’île en face. Le soir se rapproche. le soleil glisse lentement. Semble ne jamais vouloir s’échapper. Les nuages se gorgent de couleurs. Devant moi, sur l’île, il y a cette roche heureuse de recevoir le ciel. Cette falaise miroir. Je laisse mes yeux entrer dans une faille qui court. Ils y entrent si profond que je sens la puissance de la pierre. Comme si mes yeux étaient une main immense qui caresse. La faille n’est plus là-bas, elle est là, sur mes doigts. Elle est là, dans mon ventre.

Ce qui vient après, de Joanne Topkins

Jonah se suicide en avouant le meurtre de son ami Daniel. La vie des familles de ces adolescents éclate face à ses drames inexplicables. Arrive Evangeline, jeune fille sans-abri et enceinte, qui va mettre de la lumière dans la vie d’Isaac qui la recueille et de Lorrie.

Un roman poignant et lumineux où trois êtres blessés vont devoir affronter leurs souvenirs et les douleurs sourdes du passé pour se reconstruire.

Café sans filtre, de Jean-Philippe Blondel

Depuis la réouverture du Tom’s après le confinement, Chloé s’y réfugie chaque jour, discrète observatrice des gens qui passent avec leurs histoires, cette femme avec son fils, ces deux hommes qui se retrouvent, mais aussi Jocelyne, l’ancienne patronne du bar et Fabrice, qui a pris la suite, avec José et ses envies d’évasion…

Un roman frais et léger qui se savoure comme un café en terrasse et qu’on referme avec le sourire !

Chef, de Gauthier Battistella

Paul Renoir grand chef gastronomique fraîchement élus “meilleur Chef du monde”, se suicide en plein tournage d’un film sur sa vie et son parcours. Alors qu’on s’interroge sur son acte, ses héritiers tentent de sauver son affaire et ses étoiles. Entre passé et présent, le parcours de l’homme sous la toque se dévoile, du sud ouest en passant par Paris jusqu’au lac d’Annecy.

Un roman intéressant sur la gastronomie française, de la guerre à nos jours, à travers le parcours d’un homme, élevé dans les cuisines de sa grand mère et devenu chef étoilé. Et nous fait entrer dans les coulisses des cuisines, univers rude et rigoureux, de passions , entre rivalités et solidarité

American dirt, de Jeanine Cummins


La vie de Lydia bascule lorsque sa famille se fait massacrer sous ses yeux par le cartel. Seule rescapé avec son fils, elle s’enfuit et est contrainte de rejoindre le flot anonyme des migrants pour tenter d’échapper à ses poursuivants. Son parcours semé d’embûches et de rencontres, providentielles comme malencontreuses, lui fait traverser le Mexique vers la promesse d’El Norte

Il est dangereux de faire confiance à quiconque sur la Bestia. Il y a des bandits, des violeurs, des trafiquants, des voleurs et des narcos cachés dans les rangs de la policia de chaque ville, mais il n’y a pas que les policiers dont il faut se méfier. N’importe quelle personne qu’ils rencontrent justifie les soupçons [] même leurs camarades migrants. Surtout ceux-là.

Un roman bouleversant et haletant qui fait découvrir les migrants du Mexique, les cartels et narcos.

Le musée des contradictions de Antoine Wauters

(…) Nous sommes les hommes creux, nous avons besoin de preuves. Fracturés, schizophrènes sous nos manteaux de pluie, nous ne savons plus où donner de la tête. Trop de réalités, d’avis, de détails, et en même temps plus rien, comme si tout était vide.La génération qui veut se battre, qui devrait trouver du boulot, sauf qu’il n’y en a plus, qui veut décroître, quitter le monde de l’argent mais ne pas en manquer, la génération des constructeurs de cabanes pourtant incapables d’utiliser le marteau sans se ficher le clou dans le doigt.

D’où notre stupeur.

Peut-on tenir encore ? Non. Tiendra-t-on ? Oui. Car nous sommes les champions de la contradiction, nos vies entières sont des contradictions. (…)”

Un recueil de nouvelles qui enchainent des “discours” posés le cul entre deux chaises parce que les êtres humains sont “comme ça”, complexes et plein de contradictions.

Est ce que c’est un problème ? Ben non, vivre avec ses contradictions n’empêche pas d’agir et de faire du mieux qu’on peut avec ce qu’on a.

On peut rassurer, avec cette lecture, ceux qui se sentent imparfaits et imposteurs, ceux qui dérogent à leurs propres principes, ceux qui culpabilisent, vous n’êtes pas “pas à la hauteur” mais juste humains.

N’hésitez pas à continuer de faire de votre mieux malgré tout pourrait être le message de ce livre poétique empreint de bienveillance à l’égard d’une humanité qui doute.

Demi ciel de Joël Casséus

Non, non, nous sommes bien peu de choses.

Ils ne sont pas de ceux qui sont nés du bon côté du ciel. Péniblement, ils s’échinent sous la menace d’une guerre qui gronde au loin, dans la peur des milices qui rôdent et inlassablement, ils creusent le sol…

Sans nom, tapis dans des wagons, leurs regards qui ne portent pas plus loin que le mur, horizon fermé devant eux, il sont ceux avec lesquels l’espoir ne cesse de jouer. D’une voix propre à chacun, ils disent cette existence subie et soumise. La vie, c’est pour les autres, de l’autre côté du ciel.

Reflet métaphorique de ce monde violent et inégalitaire qui est le notre, un texte, beau et déchirant, qui pioche dans les pages sombres de notre mémoire collective.