Archives par mot-clé : Roman

Hors-la-loi, d’Anna North

Dans l’ouest américain de la fin XIXe, très croyant et traditionaliste, la jeune Ada commence une vie pleine de promesses. Mais après plusieurs mois de mariage sans tomber enceinte, elle est déclarée stérile et accusée de porter malheur aux futures mères. Obligée de fuir, elle trouve refuge dans le Gang du Hole-in-the-Wall et devient une hors la loi.

Un western féministe aux côtés de femmes rejetées par la société et d’une héroïne éprise de justice ainsi que d’une soif de connaître, comprendre et soigner les maux des femmes pour qu’elles ne soient plus stigmatisées par l’ignorance et les superstitions ni réduites uniquement à leurs ventres inféconds.

Mon acrobate, Cécile Pivot

A la mort de sa petite fille, Izia est effondrée. Plus rien ne la touche. Elle ne retient pas son mari qui part, se coupe du monde, seule avec son chagrin et le souvenir de Zoé. Jusqu’à cette idée qui la pousse à sortir, aider les proches de disparus à vider leurs maisons. Cette activité atypique entraîne des rencontres qui vont l’aider à avancer, à accepter.

Un beau roman, émouvant, sur une reconstruction suite à l’insurmontable perte d’un enfant, sur l’amour d’un couple qui persiste dans les petits riens, sur la vie qui reprend son cours, doucement.

Le soldat désaccordé, de Gilles Marchand

Ancien combattant, incapable de tourner dos à la guerre, le narrateur y replonge à travers ses enquêtes pour retrouver un disparu, réhabiliter une victime, soulager les familles et leur attente. Au milieu des horreurs, il remonte les traces d’une mystérieuse fille de la lune et celles d’un soldat amoureux, “Cette histoire d’amoureux disparu, ça me permettait de me retourner sur cette guerre avec l’espoir de trouver un peu de beau dans tout ce merdier.

Un beau roman plein de poésie et de tendresse malgré les horreurs, qui nous plonge dans la grande guerre mais aussi dans les années d’après.

L’heure des oiseaux, de Maud Simmonot

Dans l’orphelinat de Jersey, Lily et le Petit subissent, comme tant d’autres, brimades et abus en tout genres. A la moindre occasion, Lily s’échappe dans le parc, entourée de nature, et rêve sa vie.

La narratrice arrive sur l’île en quête de traces, de témoignages de cette histoire enfouie derrière les hauts murs de l’orphelinat qui avaient dissimulé au monde la violence de ce qui se déroulait à l’intérieur.

Un roman délicat et lumineux qui déroule son fil par petites touches et dévoile un scandale rapidement étouffé pour que l’île retrouve sa tranquillité.

Le Principe de réalité ouzbek de Thiphaine Le Gall

Madame,

J’ai bien reçu votre lettre datée du 5 avril m’informant que ma candidature au poste de professeur de français et de philosophie au lycée de Tachkent (Ouzbékistan), en dépit de ses nombreuses qualités, n’avait pas été retenue. J’ai pris acte de vos regrets et de votre respect profond. Je suis cependant moi-même au regret le plus sincère de vous informer que je ne peux accepter votre refus. Ma décision est irrémédiable : je prendrai le poste, il faut que vous en soyez convaincue.

Exprimer sans conteste la nécessité impérieuse du refus du refus dans une unique lettre qui semble jetée sur le papier comme une bouteille à la mer.
Elle est au pied du mur et c’est une question de (sur)vie.
Elle est professeure de français et de philosophie, mariée ou presque à Mathias et mère de deux enfants, la réalité de la vie telle qu’on la conçoit “généralement”. Et il y a cette autre femme, celle qui cherche dans un quotidien difficilement à la hauteur du fantasme, à brouiller les pistes entre la confrontation au réel et la puissance de l’imagination.
Elle n’est pas de celles qui supportent la demie teinte. Passionnée comme celles qui ne savent pas faire autrement, qu’il s’agisse d’amour ou de littérature, et prête à tout pour une vie à la hauteur de l’intensité de son roman intérieur. Parce que, soyons tout de suite d’accord, le principe de réalité ne fait pas le poids quand il est question d’amour et de littérature.
Cette introspection profonde, entrecoupée des digressions sur le monde qui l’entoure de cette trentenaire qui ne veut plus retenir ses coups, prend la forme d’une confession franche, intime et puissante et pose un regard brûlant sur le sentiment amoureux et les tourments qui lui vont si bien.
Une lecture comme une soirée à écouter une amie vider son sac autour d’un verre de vin. Une soirée de celles qui viennent forcément titiller nos propres ressentis et petits arrangements entre ce que nous faisons de nos vies et ce que nous voulons en faire.

Je ne veux plus subir, vous comprenez ?

Le deuxième roman publié de Thiphaine Le Gall à paraître le 18 août 2022 aux éditions La manufacture de livres. Une incontestable pépite et une écriture aussi fluide que magnétique.

Le goûter du Lion, d’Ito Ogawa

“Le bonheur, c’était de couler des jours ordinaires, à se plaindre juste un peu, sans se rendre compte que l’on était heureux.”

Gravement malade, Shizuku choisit de finir sa vie dans La maison du Lion, un lieu apaisant, sans acharnement, qui accompagne et apaise pour offrir une fin heureuse. Aux côté des bénévoles et des autres pensionnaires, elle commence sa nouvelle vie, prête à profiter de chaque instant, notamment lors du fameux goûter du dimanche, qui réunit tout le monde autour d’un dessert d’enfance, riche en saveurs comme en souvenirs.

Une très beau roman, délicat et poétique, aux côtés d’une jeune femme qui apprivoise la mort en apprenant à vivre pleinement.

“Accepter la mort, c’était aussi accepter son désir de vivre, de vivre le plus longtemps possible.. en vivant pleinement jusqu’à l’heure de ma mort, j’aillais accomplir ma vie.”

Consolée, de Beata Umubyeyi Mairesse

Consolée grandit au Rwanda, enlevée au siens et confiée à un orphelinat qui prend en charge les enfants “mulâtres”. Astrida, touchée par Alzheimer, perd l’usage du français et ne s’exprime que dans une langue inconnue qui l’isole de plus en plus. Quand Ramata arrive dans la maison de retraite pour son stage de thérapeute, elle se prend d’affection pour cette vieille dame et tente de comprendre qui elle est et d’où elle vient.

A travers trois destins croisés, entre racisme, exil et quêtes d’identités, le livre retrace une part sombre et méconnue de l’histoire de la Belgique coloniale.

Zizi cabane de Bérengère Cournut

C’est étrange comme, parfois, “rien” a l’air d’être quelqu’un

Odile, la mère disparaît et c’est tout un monde que Ferment, son mari, et Béguin, Chiffon et la jeune Zizi Cabane, leurs enfants, vont devoir arpenter autrement. La nature s’en mêle, l’eau se met à ruisseler à travers la maison et le souffle du vent semble porter une voix. Une lutte contre les éléments, métaphore de ce qui les meut intérieurement, s’engage pour chacun d’entre eux, chacun la sienne et chacun avec ses propres outils, mais peuvent-ils réellement endiguer le cours d’un ruisseau et faire taire le vent ? Sans doute pas davantage qu’ils ne peuvent couper court au flot des sentiments qui s’empare d’eux et par lequel il leur faudra se laisser porter.

Mais peu à peu, la douce présence de Jeanne, la sœur d’Odile, à leurs côtés et l’arrivée impromptue de Marcel Tremble, grand-père auto-proclamé plein d’humour et d’amour dans leur vie, viennent esquisser un nouveau chemin pour la tendresse… Des kilomètres de sentiers sous les pieds, des chutes de tissu en forme de collines, des rencontres et c’est la vie qui va se charger de leur botter les fesses pour reprendre son cours.

Les lectrices et les lecteurs assidus de Bérengère Cournut tendront sans doute un pont entre “Élise sur les chemins” et “Zizi Cabane”… Une forme de fascination pour le caractère rebelle que les rivières, les reliefs et Elisé Reclus ont en partage traverse ses deux derniers livres… Et Bérengère Cournut n’a pas terminé de nous étonner, chaque texte est un nouveau voyage dans lequel plonger ouvre une brèche poétique et onirique dans le réel. L’indomptable et tout ce qui échappe au contrôle de la main et de l’esprit des hommes vient envelopper les personnages du roman comme un baume sur leurs maux. Comment la paix retrouve, vaille que vaille, le chemin des cœurs de celles et ceux qui sont frappés par le deuil, il est peut-être là le beau message porté par ses mots.

Un roman doux et lumineux.

En librairie le 18 août 2022.

Le parfum de l’exil, d’Ondine Khayat

“Taline appartenait à une chaîne humaine. Des êtres incarnés les uns après les autres, dont le vécu laissait des empruntes indélébiles… Elle portait en elle les stigmates des horreurs perpétuées contre les siens et, quoi qu’elle fasse, elle ne pouvait y échapper. Il lui fallait s’y confronter.”

Une belle lecture qui nous entraîne aux côté d’une jeune femme confrontée au passé de sa grand-mère arménienne dont elle découvre l’histoire et les tragédies…

J’ai laissé des morceaux de mon coeur sur les routes tortueuses de ma vie. Ils se sont pris dans les buissons du doute et sont restés suspendus aux mûriers du désespoir.

“Lettres à Clipperton”, Irma Pelatan

Je vois que vous tous rêvent, répondent encore et encore à vos sirènes. Mais je vois aussi que chacun dialogue avec un Clipperton qui n’est pas celui de l’autre. Au fond, chacun d’eux est seul sur son île. Et l’île est tellement d’îles.”

Objet littéraire qui éveille la curiosité et clin d’œil à l’oulipien, Jacques Jouet, ce texte est un grand voyage immobile, empreint de la violence des hommes et pourtant profondément poétique.Des lettres adressées à son “Cher ami”, hypothétique être vivant sur cette île du bout du monde ou peut-être à l’île elle-même, déroulent vie et mort de ce bout de rocher aussi inhospitalier que convoité et de ceux qui l’ont, chacun à leur façon, approché.

Je vous sens dubitatif et c’est dommage, parce que la magie opère dès les premières lignes. Celle des histoires à l’intérieur de l’Histoire dans lesquelles se baladent Jack Torrance, Victoriano Alvarez, Barbara Pompili et le commandant Coustaud et celle de l’écriture de l’autrice, qui embarque le lecteur comme le mouvement des vagues un petit caillou…

Quel art admirable que l’écriture : il ne demande presque aucun moyen, juste le fol espoir de la destination.”

Une pépite aux Editions La Contre Allée