Archives par mot-clé : Roman

L’arbre de colère, de Guillaume Aubin

Je suis une montagne, je suis une Peau-Mêlée.

La naissance de Fille-Rousse est entourée de mystère. Elle grandit dans une tribu amérindienne, fille qui partage les jeux des garçons, et sera reconnue comme Peau-Mêlée, un être à part, homme et femme à la fois, reconnue comme telle par certains et mis à l’épreuve par d’autres.

J’ai gagné de vivre encore avec les arbres et pas devant ma tente. Il dit aux autres que c’est moi qui ai triché. Il dit que j’ai menti. […] Est-ce qu’il me faut regagner chaque jour mes droits ? Est-ce qu’il faut se battre cent fois sans jamais trébucher ? Non. j’ai joué selon les règles, et j’ai gagné.

Un premier roman sur les traces d’une jeune fille en quête de liberté et d’identité, qui nous fait découvrir les tribus semi-nomades des Premières Nations canadiennes, entre l’amour des familles et la violence des rites et des combats, entre traditions ancestrales et évolution forcée par l’arrivée des Européens.

Je me trouve sur une plage,d’où je peux regarder l’île en face. Le soir se rapproche. le soleil glisse lentement. Semble ne jamais vouloir s’échapper. Les nuages se gorgent de couleurs. Devant moi, sur l’île, il y a cette roche heureuse de recevoir le ciel. Cette falaise miroir. Je laisse mes yeux entrer dans une faille qui court. Ils y entrent si profond que je sens la puissance de la pierre. Comme si mes yeux étaient une main immense qui caresse. La faille n’est plus là-bas, elle est là, sur mes doigts. Elle est là, dans mon ventre.

Ce qui vient après, de Joanne Topkins

Jonah se suicide en avouant le meurtre de son ami Daniel. La vie des familles de ces adolescents éclate face à ses drames inexplicables. Arrive Evangeline, jeune fille sans-abri et enceinte, qui va mettre de la lumière dans la vie d’Isaac qui la recueille et de Lorrie.

Un roman poignant et lumineux où trois êtres blessés vont devoir affronter leurs souvenirs et les douleurs sourdes du passé pour se reconstruire.

Café sans filtre, de Jean-Philippe Blondel

Depuis la réouverture du Tom’s après le confinement, Chloé s’y réfugie chaque jour, discrète observatrice des gens qui passent avec leurs histoires, cette femme avec son fils, ces deux hommes qui se retrouvent, mais aussi Jocelyne, l’ancienne patronne du bar et Fabrice, qui a pris la suite, avec José et ses envies d’évasion…

Un roman frais et léger qui se savoure comme un café en terrasse et qu’on referme avec le sourire !

Chef, de Gauthier Battistella

Paul Renoir grand chef gastronomique fraîchement élus “meilleur Chef du monde”, se suicide en plein tournage d’un film sur sa vie et son parcours. Alors qu’on s’interroge sur son acte, ses héritiers tentent de sauver son affaire et ses étoiles. Entre passé et présent, le parcours de l’homme sous la toque se dévoile, du sud ouest en passant par Paris jusqu’au lac d’Annecy.

Un roman intéressant sur la gastronomie française, de la guerre à nos jours, à travers le parcours d’un homme, élevé dans les cuisines de sa grand mère et devenu chef étoilé. Et nous fait entrer dans les coulisses des cuisines, univers rude et rigoureux, de passions , entre rivalités et solidarité

American dirt, de Jeanine Cummins


La vie de Lydia bascule lorsque sa famille se fait massacrer sous ses yeux par le cartel. Seule rescapé avec son fils, elle s’enfuit et est contrainte de rejoindre le flot anonyme des migrants pour tenter d’échapper à ses poursuivants. Son parcours semé d’embûches et de rencontres, providentielles comme malencontreuses, lui fait traverser le Mexique vers la promesse d’El Norte

Il est dangereux de faire confiance à quiconque sur la Bestia. Il y a des bandits, des violeurs, des trafiquants, des voleurs et des narcos cachés dans les rangs de la policia de chaque ville, mais il n’y a pas que les policiers dont il faut se méfier. N’importe quelle personne qu’ils rencontrent justifie les soupçons [] même leurs camarades migrants. Surtout ceux-là.

Un roman bouleversant et haletant qui fait découvrir les migrants du Mexique, les cartels et narcos.

Border de Jacques Houssay

J’aime chaque grain de poussière de cette terre que je maudis. Je suis cette terre sur laquelle je crache et qui a accueilli nos cris et nos silences, le corps des êtres aimés dans des rectangles profonds et froids, les roues qui dévalaient la pente vers ces profondeurs putrides dont nous sommes issus. Il ne sert à rien de fuir. Il n’est pas certain que je sois fou. (…)

J’aime ceux qui doutent, ceux qui ne sont pas frappés par l’évidence du bien fondé d’être là et de savoir y vivre. Seuls les vrais écorchés de la vie sont foutus de poser un regard attentif et tendre sur la merde comme, parfois, sur la beauté du monde et des gens.

Jacques Houssay, il le fait superbement, avec cette écriture à la poésie crue et magnétique qui vous laisse un peu ébouriffés à chaque fin de phrase.
Il vous faudra du café, je pense…

L’autre moitié du monde de Laurine Roux

« (…) ils ancrent l’utopie. C’est empirique, une révolution, fait de tout un tas de tentatives, d’échecs et d’accidents heureux. Surtout, ça s’arrose de rêve. »

Buriné par la chaleur du soleil et les embruns, le delta de l’Èbre en Espagne dans les années 1930.

C’est dans ces paysages que grandit Toya Vásquez Montalbán, enfant belle et sauvage au tempérament instinctivement rebelle. Et il y a de quoi le ressentir ce besoin de rébellion lorsque l’on voit sa mère, usée par son travail dans les cuisines du château, humiliée et violentée par le fils de l’impitoyable marquise et que l’on regarde son père rentrer à la nuit tombée, terrassé par la fatigue d’une vie de labeur passée dos courbé dans les rizières.

Les riches châtelains, grisés par leur certitude d’une impunité infiniment acquise et indifférents à la condition misérable des paysans qu’ils exploitent, sont bien à l’abri du besoin au sommet de la colline dans leur propriété fleurie et bien loin de tendre l’oreille lorsque les premiers murmures de l’insurrection se font entendre.

La mort, celle de trop, met le feu aux poudres et le petit peuple du delta jusqu’alors à genoux devant les puissants se relève et rejoint le destin de tout un pays. La suite de l’histoire restera un lourd secret au fond du cœur de Toya jusqu’à ce que l’arrivée au village de la jeune Luz ravive les mémoires et délie les langues. L’heure est à la parole et à une (juste) vengeance.

« Une histoire d’amour, de haine et de mort » nous dit la quatrième de couverture.

Plongez et vous y rencontrerez aussi des fantômes qui mangent des fleurs fraîches au bord des routes, des anguilles qui retournent là où elles sont nées, de l’espoir qui jute comme une pastèque en été et un homme qui dit à une femme : « Tú eres la otra mitad del mundo »…

Une pépite avec laquelle l’auteure nous livre une nouvelle facette de son talent d’écrivaine avec un roman ancré dans la réalité historique. Laurine roux se saisit des pages à la fois les plus sombres et les plus emplies d’espoir de l’Histoire espagnole et restitue avec force la lutte pour « la tierra y la libertad » fauchée dans son élan par les horreurs de la Guerre civile et le regard baissé d’une Europe pragmatiquement conservatrice.

Pour les inconditionnels de ses premiers romans qui auraient l’idée de ne pas l’attendre sur ce terrain, ravisez-vous et laissez-vous happer ! Laurine Roux est de celle qui n’écrive pas en rond sans se départir de cette plume magnétique que vous reconnaitrez.

Un immense coup de cœur.

Le sanctuaire paraîtra en poche aux éditions Folio le 3 février 2022

Le sanctuaire, de Laurine Roux

Une immense sensation de calme, de Laurine Roux

Le lac de nulle part, de Pete Fromm

Après deux ans sans nouvelles, Trig et Al sont invités par leur père pour une dernière expédition. Ils s’embarquent pour un mois de camping et de canoë sur les lacs canadiens, comme au bon vieux temps. Mais très vite l’aventure semble plus hasardeuse qu’il n’y parait, surtout avec l’approche du froid en ce mois de novembre. Entre plaisir de se retrouver et souvenirs qui remontent, le doute s’installe quant au véritable but de leur périple.

Un roman au suspens croissant avec des personnages rattrapés par leur passé et les non-dits au milieu d’une nature aussi majestueuse qu’impitoyable.

Le poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin

Suite à un accident, le narrateur, blessé, contemple le monde depuis son lit. Dehors, la neige tombe et la vie s’organise comme elle peut depuis la grande panne d’électricité. “Je suis toujours étendu là et je regarde les journées se donner le relais en espérant que mes jambes pourront me porter de nouveau, un jour. En attendant, Matthias me soigne et me nourrit. Je sais qu’il n’a pas vraiment le choix. Nous sommes prisonniers l’un de l’autre.”

Un huis-clos qui nous emporte dans ce tête à tête contraint entre deux hommes alors que la neige s’accumule, le froid paralysant s’installe, les tensions montent…

Tant que le café est encore chaud, de Toshikazu Kawaguchi

Au cœur de Tokyo se niche en étrange petit établissement doté d’une curieuse particularité : le temps d’un café, on peut remonter le temps. Mais il y a des règles strictes à respecter. Plusieurs personnes vont vouloir s’y risquer, chacune avec ses raisons de vouloir revoir un être cher, même sans pouvoir changer le présent.

Un joli roman plein de douceur qui nous invite à savourer le présent tel qu’il est.

En fin de compte, qu’on aille dans le passé ou dans le futur, le présent ne change pas... Cette chaise ne change peut-être pas le présent, mais si elle change le cœur des hommes, c’est qu’elle a sûrement une signification importante…