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Sauvagines de Gabrielle Filteau-Chiba

Que sommes-nous sans cette fleur de peau qui tressaille face aux gestes de cruauté banalisée, sinon des bêtes nous aussi,

des-sans-coeur-ni-tête ?

Gabrielle Filteau-Chiba nous ramène sur les rives de la rivière Kamouraska dans le Bas-Saint-Laurent.

Raphaëlle est agente de protection de la faune. Séparée de sa famille qui ne comprend pas ses choix de vie et sa différence, sa chienne Coyote et la photo de sa grand-mère sont ses seules compagnes dans sa roulotte perdue au milieu des bois. Convaincue de la nécessité de préserver la nature, elle arpente les chemins sans relâche sans grand soutien de la part de sa hiérarchie, bien au chaud dans ses bureaux et déconnectée de la réalité du terrain.

Lorsqu’un matin, sa chienne manque à ses appels, la jeune femme ne sait pas encore qu’elle s’apprête à mettre le doigt dans un engrenage dont elle ne sortira pas indemne. Des disparitions mystérieuses, des animaux mutilés dont les cadavres s’empilent… Si les paysages sont immenses, les rumeurs vont vite et ce qui se dit à demi-mots par peur des représailles dessine un bien sombre scénario.

Portrait d’une éco-guerrière à fleur de peau qui trimballe un passé douloureux solidement accroché à ses bottes, quête des origines, histoire d’amour et de vengeance qui emprunte au roman noir et pur bijou de nature writing, sans oublier le clin d’œil appuyé au personnage de Anouk rencontrée dans “Encabanée”, Gabrielle Filteau-Chiba semble pas mal se ficher de rentrer dans les cases et confirme, avec ce deuxième roman, sa singularité.

Un grand coup de cœur !

“Encabanée” vient de paraître en poche aux éditions Folio.

Encabannée, de Gabrielle Fliteau-Chiba

Watergang de Mario Alonso

Il parlera des autres et de Middelbourg. Il ne nous racontera pas, la vie d’ici ne se raconte pas. Il nous fera simplement parler à tour de rôle et ce sera suffisant.

“Dieu est comme mon père, il m’aime mais de loin.”

Middelbourg, petit village dans les polders.

Paul a presque 13 ans, et l’ambition de devenir écrivain, il arpente les chemins et collecte des mots, des bouts de phrases, des listes qu’il conserve dans son carnet noir. Pour ce qui est des lettres reçues, il les enterre sous son magnolia. Paul est un enfant singulier.

La mère, Super, s’efforce de joindre les deux bouts avec son travail à la superette. La soeur, Kim ou Birgit, enceinte et encore bien jeune, attend l’arrivée de son bébé en pianotant sur son smartphone avec ses copines au bar du village. Et les autres, Jimmy, Jeroen, les paysages, le temps qui s’écoule, le père, Jan partie en Angleterre, Julia, sa compagne… Tous, êtres vivants, pièces inanimées du puzzle , moments et éléments de “décor” parlent et prêtent tour à tour leur voix pour tisser le fil de leur histoire.

Un texte qui enveloppe son lecteur comme un plaid en plein hiver. La mer et les vagues qui bercent, une douce grisaille et une certaine langueur empreinte de bienveillance planent sur ces pages et ses habitants/personnages.

Laissez-vous porter, une tasse de thé à la main, par ce premier roman de Mario Alonso publié par Le Tripode.

Une lecture qui fait écho, pour moi, à “Ultramarins” de Mariette Navarro, dans sa réconfortante étrangeté.

ULtramarins de Mariette Navarro

L’autre moitié du monde de Laurine Roux

« (…) ils ancrent l’utopie. C’est empirique, une révolution, fait de tout un tas de tentatives, d’échecs et d’accidents heureux. Surtout, ça s’arrose de rêve. »

Buriné par la chaleur du soleil et les embruns, le delta de l’Èbre en Espagne dans les années 1930.

C’est dans ces paysages que grandit Toya Vásquez Montalbán, enfant belle et sauvage au tempérament instinctivement rebelle. Et il y a de quoi le ressentir ce besoin de rébellion lorsque l’on voit sa mère, usée par son travail dans les cuisines du château, humiliée et violentée par le fils de l’impitoyable marquise et que l’on regarde son père rentrer à la nuit tombée, terrassé par la fatigue d’une vie de labeur passée dos courbé dans les rizières.

Les riches châtelains, grisés par leur certitude d’une impunité infiniment acquise et indifférents à la condition misérable des paysans qu’ils exploitent, sont bien à l’abri du besoin au sommet de la colline dans leur propriété fleurie et bien loin de tendre l’oreille lorsque les premiers murmures de l’insurrection se font entendre.

La mort, celle de trop, met le feu aux poudres et le petit peuple du delta jusqu’alors à genoux devant les puissants se relève et rejoint le destin de tout un pays. La suite de l’histoire restera un lourd secret au fond du cœur de Toya jusqu’à ce que l’arrivée au village de la jeune Luz ravive les mémoires et délie les langues. L’heure est à la parole et à une (juste) vengeance.

« Une histoire d’amour, de haine et de mort » nous dit la quatrième de couverture.

Plongez et vous y rencontrerez aussi des fantômes qui mangent des fleurs fraîches au bord des routes, des anguilles qui retournent là où elles sont nées, de l’espoir qui jute comme une pastèque en été et un homme qui dit à une femme : « Tú eres la otra mitad del mundo »…

Une pépite avec laquelle l’auteure nous livre une nouvelle facette de son talent d’écrivaine avec un roman ancré dans la réalité historique. Laurine roux se saisit des pages à la fois les plus sombres et les plus emplies d’espoir de l’Histoire espagnole et restitue avec force la lutte pour « la tierra y la libertad » fauchée dans son élan par les horreurs de la Guerre civile et le regard baissé d’une Europe pragmatiquement conservatrice.

Pour les inconditionnels de ses premiers romans qui auraient l’idée de ne pas l’attendre sur ce terrain, ravisez-vous et laissez-vous happer ! Laurine Roux est de celle qui n’écrive pas en rond sans se départir de cette plume magnétique que vous reconnaitrez.

Un immense coup de cœur.

Le sanctuaire paraîtra en poche aux éditions Folio le 3 février 2022

Le sanctuaire, de Laurine Roux

Une immense sensation de calme, de Laurine Roux

Libration, de becky Chambers

Une intelligence artificielle, transférée dans un corps synthétique, apprend à devenir humaine en apprivoisant les limites de sa nouvelle enveloppe. Elle est recueillie par Poivre, ancienne enfant-esclave qui a également découvert l’humanité en quittant son enfer.

Un roman captivant qui nous plonge dans la complexité d’un univers où de multiples races se côtoient et questionne sur les notions d’individualité et d’identité.

Ce tome fait suite à “L’espace d’un an” mais peut se lire indépendamment.

Dans la gueule de l’ours, de James McLaughlin

Rice est garde forestier dans une réserve naturelle reculée en Virginie. Il fuit un passé obscur dans cet isolement volontaire en pleine nature. Jusqu’au jour où un cadavre d’ours mutilé est découvert. Acte isolé ou braconnage ? Bien décidé à éviter que la police s’en mêle, il mène son enquête auprès des chasseurs et braconniers bourrus et peu coopératifs des environs.

Un thriller écologique prenant qui dénonce le dévastateur et peu connu trafic d’ours.

Le lac de nulle part, de Pete Fromm

Après deux ans sans nouvelles, Trig et Al sont invités par leur père pour une dernière expédition. Ils s’embarquent pour un mois de camping et de canoë sur les lacs canadiens, comme au bon vieux temps. Mais très vite l’aventure semble plus hasardeuse qu’il n’y parait, surtout avec l’approche du froid en ce mois de novembre. Entre plaisir de se retrouver et souvenirs qui remontent, le doute s’installe quant au véritable but de leur périple.

Un roman au suspens croissant avec des personnages rattrapés par leur passé et les non-dits au milieu d’une nature aussi majestueuse qu’impitoyable.

Projet dernière chance, d’Andy Weir

Rylan se réveille amnésique et seul survivant à bord d’un vaisseau spatial. Il essaie alors de comprendre qui il est et ce qu’il fait là, dernier survivant de cette expédition et ultime espoir pour sauver la Terre et l’humanité…

Un roman de SF très prenant, très réaliste, qui mêle la science à l’humour et nous interroge sur notre condition d’humain.

Le poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin

Suite à un accident, le narrateur, blessé, contemple le monde depuis son lit. Dehors, la neige tombe et la vie s’organise comme elle peut depuis la grande panne d’électricité. “Je suis toujours étendu là et je regarde les journées se donner le relais en espérant que mes jambes pourront me porter de nouveau, un jour. En attendant, Matthias me soigne et me nourrit. Je sais qu’il n’a pas vraiment le choix. Nous sommes prisonniers l’un de l’autre.”

Un huis-clos qui nous emporte dans ce tête à tête contraint entre deux hommes alors que la neige s’accumule, le froid paralysant s’installe, les tensions montent…

Tant que le café est encore chaud, de Toshikazu Kawaguchi

Au cœur de Tokyo se niche en étrange petit établissement doté d’une curieuse particularité : le temps d’un café, on peut remonter le temps. Mais il y a des règles strictes à respecter. Plusieurs personnes vont vouloir s’y risquer, chacune avec ses raisons de vouloir revoir un être cher, même sans pouvoir changer le présent.

Un joli roman plein de douceur qui nous invite à savourer le présent tel qu’il est.

En fin de compte, qu’on aille dans le passé ou dans le futur, le présent ne change pas... Cette chaise ne change peut-être pas le présent, mais si elle change le cœur des hommes, c’est qu’elle a sûrement une signification importante…

Numero deux, David Foenkinos

La vie de Martin a basculé le jour où il n’a pas été choisi. Il grandit avec ce traumatisme d’être resté le numéro deux, incapable de surmonter cet échec et renvoyé en permanence au succès qui aurait pu être le sien. Car il a failli incarner Harry Potter.

Un roman plein de fantaisie qui raconte l’histoire d’un homme qui grandit en croyant être passé à côté de sa vie, soumis à la dictature du bonheur des autres, et essaie de la reprendre en main.