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(…) En bon camarade, le vieux journal me donne une tape amicale dans le dos. Rien ne sert de s’agiter, ma jolie. Les grands drames comme les petites joies se décolorent avec le temps et quoi qu’il se passe dans nos vies, rien ne change vraiment : passent les jours et les semaines, sous le pont Mirabeau coule toujours la Seine.

Tristan est parti, il ne répond plus aux messages d’Émilie, la rupture est consommée et l’heure est au déménagement.
De ce constat de départ simple et sans appel qui pourrait être tristement plat, Clémentine Mélois tisse un roman d’une tendre drôlerie qui camoufle des questionnements existentiels. À travers un inventaire des objets qui ont traversé leurs années de relation à deux, la narratrice convoque, ou accueille l’intrusion des souvenirs. C’est dans cette mise à distance « matérielle » de son passé que son regard sur elle-même s’affirme et lui permet de se réapproprier une vie bouffée par un fonctionnement devenu toxique.
Chaque objet, acteur à la fois futile et incontournable du récit, témoin silencieux, doudou réconfortant ou gamelle pas facile à traîner, donne des dimensions tragi-comiques au texte que chacune et chacun investira de sa propre lecture.
Du pot de confiture au rouleau de sopalin, on partage la présence discrète de ces objets chargés de nos petites histoires et ressentis. Leur multiplication et leur passage éphémère dans nos vies les vident de leurs super-pouvoirs de mémoire. Que nous reste-t-il alors, pour nous raccrocher aux branches quand tout devient rugueux, et ne pas balancer le bébé avec l’eau du bain ?

Mieux vaut ne pas réfléchir à tout ça, surtout quand on a du travail et trop d’imagination. Dans un sursaut de lucidité, j’ai scellé définitivement les sacs avec plusieurs épaisseurs de scotch marron. Sans ça, je me connais, j’aurais cédé à la tentation de récupérer des trucs et je me serai à nouveau encombré l’âme d’un tas de souvenirs beaucoup trop lourd à porter.

Un petit texte sensible, fin et plein d’humour à savourer dès le 20 août.

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