Archives par mot-clé : Roman noir

Le Démon de la colline aux loups de Dimitri rouchon-borie

« (…) c’est pas parce qu’on a mis un pont au-dessus du ravin qu’on a bouché le vide. »

La Colline aux Loups ou la maison de l’horreur. C’est entre ses murs que débute le récit d’un garçon qui ne connaît pas son nom, qui deviendra Duke, qui deviendra un homme qui raconte sa lutte incessante contre « le démon ».

« La Colline aux Loups c’était déjà une prison bien pire que tout imaginez-vous sous l’eau depuis le jour de votre naissance en attendant une bouffée d’air qui ne vient pas ma vie c’est ça. »

Arraché au « nid » (seule bulle de douceur qu’il n’ait jamais connue) par la justice chargée de le protéger lui et ses frères et sœurs « des punitions » infligées par des parents toxiques et maltraitants, doux euphémisme, Duke, enfant déjà détruit, entame un parcours compromis avant même d’avoir débuté. La violence comme seule réponse face à celle subit le plonge dans un engrenage sans échappatoire et chacun de ses choix, déterminé par un passé insurmontable, l’enlise toujours plus loin de toute forme de salut. Qu’en est-il alors de la compassion de ceux qui regardent et jugent ?

Quête impossible, « la rédemption », à laquelle il lui est néanmoins inconcevable de renoncer pour pouvoir enfin éradiquer « le démon » et briser la boucle.

« Il faut comprendre que c’est trop dur de demander à un enfant qui a enduré d’avoir en plus la force de faire les bons choix c’est comme si vous demandiez à l’éclopé de marcher mieux que les autres. »

C’est derrière les barreaux d’une prison, celle des hommes mais sans doute aussi celle de sa propre vie, que Duke, face à la mort et avec son propre « parlement », livre son histoire et interroge la question du bien et du mal « à l’ombre » de sa capuche et des textes de Saint Augustin.

Une claque ! Tant le terme de « coup de coeur » semble peu approprié pour parler de ce premier roman aussi magistral qu’éprouvant.

Entre deux mondes, d’Olivier Norek

Bastien vient d’être muté à Calais et découvre une ville marquée par la présence de la Jungle voisine, univers sans loi où les autorités n’ont pas prise. Il va croiser la route d’Adam, migrant et ancien flic qui se raccroche à son métier pour ne pas sombrer dans la folie, suite à la disparition des siens.

Un roman noir qui nous immerge dans la complexité de la Jungle de Calais, entre violence et humanité, qui suscite des sentiments forts et contradictoires de révolte, de colère, d’impuissance ou de résignation.

Isola, d’Asa Avdic

Coup de cœur de Pryscilla

2037, Protectorat de Suède. Après son difficile et très médiatisé retour de mission humanitaire, Anna Francis, mère célibataire, travailleuse acharnée, a bien du mal à retrouver sa place parmi les vivants.
Contactée par ses supérieurs hiérarchiques pour participer à une opération de recrutement classée secret défense, elle se retrouve accompagnée de six autres personnes sur une petite île déserte au climat hostile, Isola. Dès son arrivée sur les lieux, le rôle d’observatrice qui devait être le sien la place dans la terrifiante situation de témoin impuissant face aux étranges évènements qui se produisent. Saura-t-elle obéir aux ordres coûte que coûte ? Et parviendra-t-elle à quitter ce lieu si peu hospitalier ?

Dystopie et roman noir, le livre nous plonge dans un monde où la manipulation des esprits par les puissants n’a aucune limite lorsqu’il s’agit d’asseoir leur pouvoir. Ce huis clos implacable et tout en tension n’est pas s’en rappeler dans sa trame le classique d’Agatha Christie, (ex !) 10 Petits Nègres, revisité à la sauce suédoise.

Les dynamiteurs, de Benjamin Whitmer

Coup de cœur de Pryscilla

1895. Une bande d’orphelins menée par deux adolescents, Cora et Sam, tente de survivre dans le cloaque des bas fonds de Denver… Pas de quartier pour ces enfants laissés pour compte, il faut lutter pour manger et grandir en échappant au monde des « Crânes de Nœud » soit les adultes séparés en deux catégories : les putes ou les voyous.

« C’était que d’être adulte est en soi-même un genre d’arnaque. »

Lorsque Goodnight, géant au visage mutilé et muet, fait son entrée dans leur repère, Sam veut croire à une forme de salut… Mais, le jeune garçon se retrouve bien vite entraîné dans des affaires toutes aussi violentes que sordides et bientôt, face à l’engrenage dans lequel il a mis le doigt, Sam comprend qu’un premier mauvais choix n’est que le début d’une très longue série…

« Il y a une forme de salut dans le fait de haïr la merde qui est à l’extérieur de vous plutôt que la merde qui est à l’intérieur de vous. »

« La quintessence du noir » dit Pierre Lemaitre… Nous y sommes ! Sans pour autant rivaliser complétement dans la noirceur avec le précédent roman de Whitmer, Evasion (Collection « Totem », éditions Gallmeister) qui est un modèle du genre. Il y a du western dans l’atmosphère de ses pages et également un regard bienveillant, presque nostalgique sur les défavorisés. Une lecture qui ne laisse forcément pas indifférent entre hauts le cœur et moments de tendresse…

Joueuse, de Benoit Philippon

Zack est un joueur de poker professionnel, froid et manipulateur. Tout comme Maxine, qui lui propose une alliance pour une partie mystérieuse. Il se retrouve pris dans les filets de cette femme fatale mais profondément blessée, qui défie le monde si masculin des joueurs de poker et semble bien décidée à régler ses comptes, coûte que coûte.

Un roman noir, drôle, entraînant, porté par des personnages complexes et attachants, qui se lit d’une traite.