Archives de catégorie : Littérature

Impossible, Erri de Luca

En pleine randonnée, un homme en voit un autre chuter au fond d’une ravine. Il prévient les secours et se voit arrêté puis interrogé : les deux hommes se connaissaient et le magistrat est bien déterminé à ne pas croire au hasard. L’homme de loi remonte dans un passé révolutionnaire qu’il n’a pas connu et l’interrogatoire se mue en un dialogue entre deux hommes opposés et deux générations.

Ce nouveau roman nous plonge dans l’immensité de la montagne où les lois ordinaires n’ont pas cours, et dans la complexité d’une histoire pas totalement révolue, avec ses secrets et ses trahisons.

L’autre moitié de soi, de Brit Bennett

Les jumelles Désirée et Stella grandissent inséparables dans une petite bourgade de Mallard, où les noirs tentent de devenir plus blancs à chaque génération. A l’adolescence, elles fuguent. Quelques années plus tard, Désirée revient sans sa sœur et avec une petite fille à la peau d’ébène.

Des années 60 aux années 80, le récit donne la parole aux femmes de cette famille en déroulant leur histoire et les multiples vies de chacune et en abordant les thèmes universels du racisme, de la violence familiale, de la vie domestique ou encore du conservatisme.

La petite dernière, de Fatima Daas

Coup de cœur de Pryscilla

Le récit autobiographique d’une jeune femme française d’origine algérienne et musulmane, troisième fille de sa fratrie, qui cherche et interroge sa place au sein de sa famille, de sa communauté et de sa religion. Déchirée entre l’affection pour ses proches et la réalité de ce qu’elle est au plus profond d’elle même, c’est cette souffrance terrible face à l’inconciliable qui parcourt les pages de Fatima Daas… Femme, lesbienne, française, mulsulmane, banlieusarde ; Comment se forger et s’accepter, être soi sans décevoir ni Dieu ni les siens, apprendre à aimer et accepter de l’être en retour sont autant de questionnements qui jalonnent ce tout jeune parcours de vie.

Un premier roman d’une grande force, entre litanie et prière, dont chaque début de « chapitre » accueille le lecteur par cette vérité immuable : « Je suis Fatima Daas ». Un texte et une voix qui portent avec puissance le sujet encore trop tabou de l’homosexualité dans la religion musulmane.

Le sanctuaire, de Laurine Roux

Coup de cœur de Pryscilla

Un virus transmis par les oiseaux a mis l’humanité à genoux, une famille trouve refuge dans une cabane isolée dans la montagne et tente d’y survivre dans une nature à la fois rude et généreuse…

Gemma a vu le jour dans le sanctuaire, sans rien connaître du monde tel que nous le parcourons… June, sa sœur et Alexandra, leur mère, regrettent ce passé perdu, dont le moindre détail est magnifié à travers les histoires que racontent cette dernière. Le père, dur et intransigeant, convaincu d’agir pour la survie de « son clan », exige de ses filles obéissance et soumission et leur impose un entraînement véritablement militaire. Mais, cette vie (ou ce qui s’y apparente) de privations et d’interdits, exigée au nom de la sécurité de tous, se fissure peu à peu lorsque Gemma rencontre un vieil homme accompagné d’un aigle majestueux…

Un texte d’une grande force pour une lecture « coup de poing »… le premier roman de Laurine Roux, Une immense sensation de calme, annonçait déjà un réel talent et un univers littéraire singulier. Cette seconde publication confirme pleinement les qualités de cette auteure accomplie…

On pense à Mccarthy, dont une citation ouvre le roman, à Thoreau… et au percutant My absolute darling de Gabriel Tallent… Un vrai grand coup de cœur !

Betty, de Tiffany McDaniel

Dans l’Amérique des années 60, la petite Betty grandit dans une grande famille, entre un père indien et une mère blanche, marquée par une enfance difficile. Ils vivent en marge, pauvres mais riches de ce que la terre leur offre et des histoires du père, qui embellissent la réalité et rendent le monde meilleur en l’emplissant de beauté et de merveilleux.

Un roman puisant qui oscille entre dureté et poésie, porté par la voix d’une enfant hantée par la violence du monde et portée par la force ancestrale des femmes cherokee. Une héroïne qui puise sa force dans les mots et l’écriture face à la perte de son innocence, qui l’arrache brutalement à l’enfance.

Non seulement papa avait besoin que l’on croit à ses histoires, mais nous avions tout autant besoin d’y croire aussi… Nous nous raccrochions comme des forcenées à l’espoir que la vie ne se limitait pas à la simple réalité autour de nous. Alors seulement pouvions-nous prétendre à une destinée autre que celle à laquelle nous nous sentions condamnées.

Ce qu’il faut de nuit, de laurent Petitmangin

Il a élevé ses fils comme il a pu, seul, mais avec tout l’amour et l’attention qu’il pouvait leur donner. Ils grandissent, tracent leur chemin, avec leurs convictions qui leur ont fait prendre des chemins différents. Rester présent, malgré les liens qui vacillent et l’incompréhension. Et la vie qui les malmène.

Un premier roman fort et sensible, qui vous emporte. “Je pense que ça a été une belle vie. Les autres diront une vie de merde, une vie de drame et de douleur, moi je dis, une belle vie.

Nickel Boys, de Colson Whitehead

La Nickel Academy est école disciplinaire destinée à “remettre les jeunes délinquants sur le droit chemin et les faire devenir des hommes honnêtes et honorables.” A la fermeture de l’école, des archéologues exhument des corps non déclarés, meurtris. Et Elwood se souvient de l’erreur judiciaire qui l’a conduit là-bas, des années plus tôt, bien loin de la réalité affichée : “l’école vous brisait, vous déformait, vous rendait inapte à une vie normale.”

Un roman basé sur une triste réalité, qui nous plonge dans les horreurs de la Floride ségrégationniste des années 60.

L’intimité, d’Alice Ferney

Une libraire féministe, célibataire par conviction, qui a décidé de longue date qu’elle ne serait pas mère ; un père architecte qui cherche une nouvelle compagne ; une enseignante fière de son indépendance qui s’est inscrite sur un site de rencontres. A travers leurs aspirations, leurs craintes, leurs choix, l’auteur illustre les différentes manières de former un couple, d’être un parent, de donner (ou non) la vie.

Entre dialogue philosophique et comédie de mœurs contemporaine, le récit ausculte une société qui repousse les limites de la nature et interroge celles de l’éthique pour satisfaire au bonheur individuel et familial.

Les lettres d’Esther, de Cécile Pivot

Lorsqu’Esther propose cet atelier d’écriture sur le thème de la correspondance, ils sont cinq à tenter l’aventure : s’écrire, se raconter, se confier comme on le fait plus facilement avec des inconnus. Chacun révèle sa part d’ombre, ses peurs, ses regrets mais aussi ses espoirs. Des inconnus qui ne se seraient jamais adressés la parole mais qui, au fil des lettres, se dévoilent se confient, apprennent à se connaître et à s’apprécier malgré leurs différences.

Un beau roman qui fait la belle part à la correspondance qui oblige à prendre son temps, à peser ses mots et à s’exprimer autrement. Comme un moyen pour ces personnes cabossés d’aller de l’avant en se confiant et s’entraidant.

Evasion, de benjamin Whitmer

Chronique de Pryscilla

Par une nuit noire et glaciale, à Old Lonesome dans le Colorado, une poignée de détenus parvient à prendre la clé des champs… L’évasion met le feu aux poudres dans cette petite ville où la prison est le principal pourvoyeur d’emplois et de revenus.

La traque s’engage, menée par un directeur aussi raciste qu’incompétent qui n’hésite pas à gonfler ses hommes aux amphétamines pour les lancer comme des chiens enragés sur les traces des prisonniers. Emportés par la violence des premiers événements, les habitants et des journalistes se mêlent à cette chasse à l’homme impitoyable… Ce n’est que le début d’une nuit cauchemardesque durant laquelle le droit et la morale n’auront plus le droit de citer…

Si Tarantino écrivait un roman, ce pourrait être celui-ci… Noir, haletant et sans concession jusqu’à ce que les premières lueurs du jour laissent apparaître les stigmates de cette nuit hors de tout contrôle.

Les frontières sont floues entre « les bons » et « les méchants » mais, derrière cette violence affirmée, Whitmer trace le portrait lucide d’un « trou perdu » de l’Amérique rurale, enfermé sur lui-même, dont les habitants, pris au piège d’un déterminisme social implacable, ont abandonné tout espoir d’en sortir un jour.

Tous prisonniers ? Sans doute… et finalement, bien peu d’évadés…

https://www.gallmeister.fr/auteurs/fiche/49/benjamin-whitmer