Archives de catégorie : Bandes dessinées

Les cœurs insolents de Ovidie et Audrey Lainé

La seule différence avec aujourd’hui, c’est qu’on n’en parlait pas. On avait appris à trouver ça normal.

“Les cœurs insolents” ou le portrait d’une génération sans nom “biberonnée” au sexisme ordinaire, génération de celles qui sont nées entre la fin des années 70 et le début des années 80, les “quadra” d’aujourd’hui.

Quoi faire du vent de liberté qui a emporté ces ados et qui contraste radicalement avec le vécu de leur mère au même âge ? Comment devenir une femme libre et une mère “en équilibre” quand on traine lourdement le poids d’une éducation et du patriarcat ?

Ovidie, Audrey Lainé et Wendy Delorme (quelle préface !!) interrogent, racontent et se racontent. Et à travers l’histoire de ces adolescentes, sans doute la votre, la notre, celles des filles qui ont appris à dire “non” aux violences mentales et physiques trimballées en toute banalité par la société de cette fin des années 1990…

Pour en savoir plus sur les autrices, c’est par là… et c’est non exhaustif !

https://www.audreylaine.fr/

http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_liste_generique/C_86248_F

https://www.cambourakis.com/auteur_livre/wendy-delorme/

Tananarive de Sylvain Vallée et Mark Eacersall

” Je vais à Tananarive.

où ?

À Charleville-Mézières.”

Amédée, notaire à la retraite, aventurier de canapé et hypocondriaque encore en activité, n’a rien d’un enquêteur chevronné. À la mort de son ami et voisin, Jo, dont il aimait écouter les aventures rocambolesques, le vieil homme va pourtant se lancer dans un road trip farfelu pour retrouver la piste du fils inconnu de son vieux compère.

Ce polar décalé, dont le héros sent franchement la naphtaline, entraine le lecteur dans des coins bien moins exotiques que ce qu’il pourrait l’envisager à la lecture des premières pages… Mais le charme opère très rapidement !

On se laisse embarquer à la suite de Amédée qui, au fil de son enquête sur la vie réelle de feu son acolyte, en découvrira tout autant sur lui-même que sur Jo…

Un roman graphique initiatique, touchant et plein d’humour qui fait la part belle au “grand (et bel) âge” et nous rappelle ô combien il n’est jamais trop tard.

quelqu’un a qui parler, Gregory Panaccione et Cyril Massarotto

Samuel fête ses 35 ans, seul. La déprime s’installe et il réalise qu’il n’a personne à qui parler. Il appelle le seul numéro qu’il connait par cœur, celui de son enfance. Par un jeu du hasard, c’est le petit Sam de dix ans qui lui répond…

Une belle BD pleine de tendresse qui place un homme face à l’enfant qu’il était et lui fait réaliser qu’il l’a trahi en abandonnant ses rêves et ses envies. Et si c’était l’occasion de changer et de reprendre sa vie en main ?

Lever l’encre, voyages et tatouages de Cookie Kalkair

De Tokyo à Tahiti, d’Amsterdam à Plouhinec, Bruxelles ou Montréal… Une balade vraiment originale dans la culture du tatouage racontée au fil de voyages aux quatre coins du globe…

Des anecdotes sur l’univers du tattoo, sa pratique, ses traditions ponctuent les lieux et les rencontres eux-mêmes prétextes à de nouveaux motifs qui viennent e/ancrer les “moments choisis” de la vie du narrateur dans sa peau.

Les curieux y trouveront des éléments documentaires sur l’histoire du tatouage, les différents styles et ses pratiques. Les habitués du tattoo se laisseront embarquer dans des souvenirs qui leur rappelleront forcément leurs propres expériences… et pour ceux qui hésitent encore à franchir le cap et passer sous les aiguilles auront de quoi se décider en toutes connaissances de cause…

Anaïs Nin, sur la mer des mensonges de leonie bischoff

Anaïs Nin est née en France de parents d’origine cubaine, « déracinée » après leur séparation en 1914, elle vit auprès de sa mère et ses frères et sœurs à New-York. Elle se marie au début des années 1920 avec Hugh Parker Guiler, jeune et prometteur banquier, et revient s’installer en banlieue parisienne à ses côtés. C’est là qu’elle fera la connaissance de Henry Miller…

Le parcours d’émancipation d’une femme hors du commun pour son époque et le milieu social auquel elle appartient. Jeune fille « de bonne éducation », Anaïs sent le manque et les limites qui la cloisonnent dans un personnage qui ne lui permet pas d’exprimer les différents aspects d’une personnalité complexe et profondément sensuelle.

Indissociable du « Journal » auquel elle s’astreint quotidiennement, sorte de miroir libérateur et sublimant de celle qu’elle aspire à être, elle s’ennuie et s’enlise pourtant dans un rôle d’épouse.

« Si je ne me crée pas un monde par moi-même et pour moi-même, je mourrai étouffée par celui que d’autres définissent pour moi. »

Sa rencontre avec Henry Miller agit comme une naissance à elle-même et libère à la fois la femme et l’auteur que nous connaissons aujourd’hui.

Des amants, des maîtresses, une sexualité sulfureusement épanouie, l’inceste, la danse, l’expérience de la psychanalyse et l’écriture, toujours l’écriture jalonnent ce portrait d’une femme libre, indifférente aux tabous et tumultueusement inspirante…

« Je peux maintenant aimer un homme comme un égal. Comme un amant et un créateur. Et je choisis d’être moi aussi le créateur.

Je ne serai jamais parfaite.

Je ne serai jamais une seule femme, ou l’amante d’un seul homme.

Je vais vivre ces multiples vies, explorer les milles facettes de mon être, et vivre avec passion, de toutes mes forces. »

Le dessin de Léonie Bischoff semble cousu sur mesure tant il est difficile en refermant ce roman graphique de ne pas imaginer la véritable Anaïs Nin telle qu’elle apparaît dans ses pages. Son coup de crayon sublime l’imagerie et les couleurs des années 1930, et l’érotisme et la sensualité qui se dégagent de ses planches sont d’une beauté lumineuse.

Un immense coup de cœur…

https://www.franceinter.fr/emissions/une-journee-particuliere/une-journee-particuliere-11-octobre-2020

Saga, de Brian K. Vaughan et Fiona Staples

La guerre ancestrale qui déchire luniens et continentaux s’est étendu au reste de l’univers. Dans ce conflit entre deux peuples que tout oppose, Alana et Marko vont s’aimer, au mépris de tous les préjugés, et concevoir un enfant. Un être innocent, symbole d’union et porteur d’espoir, qu’aucun des camps ne peut permettre, qui remettrait en question les fondements même du conflit.
Le couple, pris en chasse, doit fuir, toujours plus loin, pour échapper à leurs poursuivants et donner une chance à leur fille d’avoir le droit de vivre.

Un space opera entrainant, dans un univers riche et étendu, qui s’étoffe au fil des tomes de personnages complexes et attachants, avec une intrigue pleine de rebondissements.

A la vie ! et Je serai là ! par l’Homme Etoilé

L’homme étoilé est infirmier en soins palliatifs et accompagne les personnes en fin de vie. Dans ce roman graphique, il nous offre des petits instants de vie, bulles d’amour, de rire, d’émotions, de musiques ou de tendresse. Des échanges qui soutiennent autant le patient que le soignant, pour les aider à profiter des derniers instants de la vie, les rendre plus légers.
Ils me confortaient dans l’idée que je pouvais faire du bien autrement que par la simple administration d’un médicament.”

Un récit profondément humain qui parle de partage et de soutien, des “instants en dehors du temps et de la maladie qui offrent des parenthèses de légèreté et d’insouciance dans des moments particulièrement difficiles.”


L’homme étoilée revient dans un nouveau roman graphique où il nous raconte ses débuts en tant qu’infirmier. Dans des lieux impudiques qui réduisent les personnes à une série de symptômes, il comprend qu’il ne faut pas limiter les patients à cette vie de souffrance et apprend à leur parler de milles choses, pourvue que chacune d’elles les éloigne un moment de la maladie.

On ne peut promettre une fin parfaite à tout le monde même si on a le devoir de s’en donner les moyens… Je peux garantir une main tendue, une oreille attentive, un regard compatissant et tendre.
Mon rôle, ce n’est pas de les empêcher de partir mais de veiller à ce qu’ils partent bien… et à aimer la vie, pour mieux la diffuser dans chaque chambre chaque jour.

Karmen, de Gillem March

Palma de Majorque.
Catalina est jeune femme superbe qui a, aux yeux de son entourage, tout pour être heureuse. Des parents aimants, une colocataire sympa et un ami d’enfance, Xisco, bien présent dans sa vie. Oui, mais…
Alors qu’elle vient de se trancher les veines dans sa salle de bain, débarque Karmen, être surnaturel aux cheveux roses, fonctionnaire de l’au-delà chargée d’accompagner les âmes entre le moment de leur mort et leur réincarnation.
La vie de Catalina, ignorée des vivants, se poursuit entre rêve et réalité et son « ange gardien », retors à l’autorité de sa hiérarchie divine, semble bien décidée à lui faire ouvrir les yeux sur ce qu’était la réalité de sa vie.

La couleur d’une âme perdue peut-elle changer ? Peut-on changer le cours d’une destinée avant qu’il ne soit trop tard ? Existe t-il une seconde chance ?…
Autant de questions ouvertes par Guillem March dans cette histoire originale et graphiquement très réussie.

http://guillemmarch.blogspot.com/

Les naufragés de la Méduse, par Jean-christophe Deveney et Jean-sebastien Bordas

Le peintre Géricault est hanté par le naufrage du vaisseau la Méduse et veut en faire un sujet de peinture, un projet qui va le happer corps et âme. En parallèle, on découvre la réalité historique ayant conduit à ce naufrage, une épopée tragique dont seuls quelques survivants pourront témoigner.

Une BD magnifiquement illustrée à l’aquarelle, qui croise habilement les deux récits jusqu’à les fondre.