
On embarque à bord du Leto pour sillonner les eaux de l’Arctique avec Morgane, peintre chargée de tenir un journal de bord dessiné pendant trois mois en immersion parmi les mammifères marins.
Pour elle, prendre le large est l’occasion de se reconnecter à soi et au monde, fuir une emprise, apaiser un deuil, accepter la transmission.
« Se perdre pour mieux se retrouver dans le ressac. Le remous nettoie l’eau de mon corps. Le bleu diffus dans lequel les géantes nagent sans le distinguer me rappelle que nous baignons dans une lumière céleste aux nuances inaudibles. »
Sous ses mots et son pinceau, la mer prend vie, les cétacés se meuvent, la beauté nous submerge. Capturer sur le vif l’insaisissable de l’eau, le sublime et l’insondable, le mystère du regard d’une baleine, la légèreté d’un souffle, la pureté de la courbe d’une nageoire, le ressac imprévisible… L’écriture met nos sens à contribution, on voit la peinture naître sous sa plume, on sent les embruns, on entend le chant de la mer, des cétacés et autres animaux qui l’habitent, on goûte le sel, on est invité à oublier la raison pour la perception, à voir et sentir le monde autrement.
« Si les géantes cétacées perçoivent leur environnement en nuances de gris ourlées par le sentiment du bleu, comment se représentent-elles les ultra-sons de nos pensées, la musique de nos cœurs émus ? »
Ouvrir ce livre, c’est embarquer pour un voyage en territoires poétiques et partager la joie tranquille et émerveillée de voguer parmi les géantes de la mer. On en ressort apaisé et subjugué par la beauté de l’immensité sauvage où l’écriture nous a transporté.
« Je me retourne. Surgie de nulle part, une géante aussi vaste que le voilier émerge à tribord. Elle pivote sur le côté, nageoires pectorales le long du ventre, elle révèle un regard de compassion sans fond, un trou noir d’amour d’avant la naissance du monde.
Elle replonge. »
