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« J’ai marché. Fui. Rampé parfois. Supplié souvent. Menti, oui. Rêvé, toujours. De Carrefour-Feuilles à Montréal, j’ai parcouru plus de douze mille kilomètres de peur, d’espoir, de rires sales, de rêves moisis »

Tout commence à Haïti, à Port-au-Prince, lorsque le quartier de Carrefour-Feuilles est ravagé par les guerres des gangs. Alors que sa maison est avalée par les flammes, Jonas Dorléon décide de partir, avec pour tout bagage un sac Carrefour, contenant un cahier de poèmes, une photo de sa mère et un slip propre.

« Aujourd’hui, j’ai perdu ma maison, mais j’ai trouvé ma fuite. Et j’ai rit encore. Il ne restait plus que ça.
C’est ce jour-là que j’ai décidé de partir, comme on arrache une dent, comme on se coupe un bras, comme on dit adieu à sa langue maternelle. J’ai décidé de fuir. Pas pour devenir riche, ni pour vivre mieux. Juste pour vivre. Point. »

C’est le récit d’une fuite, d’une survie, une Odyssée de l’exil qui pousse Jonas, comme tant d’autres, sur les routes parsemées d’embûches, un Ulysse au voyage sans cesse détourné, sauf que lui ne rentre pas au pays, il le fuit au contraire, dans l’espoir d’un ailleurs où il pourra vivre, tout simplement.

« Le chemin d’un migrant, ce n’est pas une ligne droite. C’est un chapelet de détours, de coups de chance, de mains tendues et de portes fermées. Un parcours où on doit chaque pas qu’on fait à celui qui nous a porté, celui qui ne nous a pas dénoncé, celui qui nous a donné une pomme, un sourire, une couverture, ou simplement le droit de passer. J’ai traversé douze pays. [] Sur ma route, j’ai croisé des gens méchants. [] Mais j’ai croisé aussi des saints sans auréole. »

Le parcours de Jonas nous plonge dans la violence, celle du déracinement, des routes, des passeurs, des douanes ou encore des administrations, là où l’horreur et la folie qui guettent, mais là où, aussi, naissent de belles rencontres et de la fraternité là où on n’attend plus rien. Il y a la peur, la honte, le désespoir, les humiliations, les injustices mais aussi le courage, la résilience, l’espoir et la dignité. Et de l’humour aussi, car Jonas, dès cet instant décisif qui a vu sa maison partir en flammes, a opposé le rire à l’horreur, le rire comme rempart à la barbarie, le rire pour ne pas s’effondrer, le rire pour rester debout.

«C’était peut-être ça, mon vrai statut. Pas « demandeur d’asile » ni « artiste de rue ». Juste : homme debout, avec assez de souffle pour faire rire ceux qui ne savent plus comment pleurer. »

Un premier roman bouleversant, plein d’humanité qui nous fait vivre le parcours d’un migrant, et montre comment, par la force des choses, l’homme qui est contraint de fuir passe de survivant à fuyard puis à migrant quand il comprend qu’il n’y aura plus jamais de retour en arrière possible.

« Parce que c’est ça, le vrai voyage d’un migrant : ce n’est pas le trajet, c’est le retranchement, la dépossession, la lente érosion de soi. Chaque étape t’enlève quelque chose. Une chemise. Une photo. Un numéro. Une habitude. Une illusion. Et ce qui reste au bout du compte – ce qui tient dans ce sac –, c’est toi. Mis à nu. Replié. Ramené à l’essentiel. »

À travers le personnage de Jonas Doléron, l’auteur donne voix à tous ceux et à toutes celles qui sont poussés.es sur les routes, les migrants.es, les réfugiés.es, les déplacés.es.

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