« Maintenant tu sais comment fonctionne le monde. »

Qu’est-ce qui a amené Eleanor a acheté cette maison isolée au cœur d’une vallée inhospitalière et dévastée par un projet immobilier inachevé ? Une ultime promesse faite à Lele, sa mère, avant son décès, cause et conséquence/conséquence et cause, de l’atmosphère menaçante et étrange dans laquelle sa vie va plonger.
Il y a eu un « Avant ». Les journées d’études interminables à en oublier ses besoins primaires, la porte ouverte sur le couloir du bureau du Dr Culver, le cabinet partagé avec Teddy dans lequel elle exerçait comme psychologue. Un « avant » qui s’est peu à peu replié sur lui-même, toute contrainte soigneusement éloignée par Lele, filtre opaque entre elle et le réel. De cette enfance cocon qu’Eleanor pensait éternelle, le lancinant refrain du « Comment fonctionne le monde ? » revient comme une mise en garde.
Cernée par des pluies torrentielles, la maison prend l’eau de toutes parts, la nature mise à nu par la main de l’homme sombre sous les eaux, le piège se referme…
Le quatrième roman de Kim Fu n’a pas peur de s’affranchir du choix d’un unique genre littéraire. Objet hybride, aux lisières du drame, du thriller et d’un imaginaire angoissant, « La vallée des esprits vengeurs » s’empare, sans complexe et dans une écriture hypnotique, des thématiques sociales et psychologiques qui agitent nos sociétés. Traversé par la singularité de toute relation mère/fille, la difficulté de surmonter le deuil, la culpabilité et les questionnements autour de la responsabilité, ce très surprenant roman n’en reste pas moins une critique franche du patriarcat et de l’emprise destructrice de l’humain sur son environnement.
Loin de mes lectures habituelles et complètement en dehors de ma zone de confort, j’ai pourtant « englouti » ce livre dans la soirée. Un roman absorbant par son étrangeté obsédante qui cloue lecteur et lectrice à la place d’un/e voyeur/se en attente de la bascule. Dérangeant et addictif…
À découvrir à la librairie le 4 septembre.
