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Le Démon de la colline aux loups de Dimitri rouchon-borie

« (…) c’est pas parce qu’on a mis un pont au-dessus du ravin qu’on a bouché le vide. »

La Colline aux Loups ou la maison de l’horreur. C’est entre ses murs que débute le récit d’un garçon qui ne connaît pas son nom, qui deviendra Duke, qui deviendra un homme qui raconte sa lutte incessante contre « le démon ».

« La Colline aux Loups c’était déjà une prison bien pire que tout imaginez-vous sous l’eau depuis le jour de votre naissance en attendant une bouffée d’air qui ne vient pas ma vie c’est ça. »

Arraché au « nid » (seule bulle de douceur qu’il n’ait jamais connue) par la justice chargée de le protéger lui et ses frères et sœurs « des punitions » infligées par des parents toxiques et maltraitants, doux euphémisme, Duke, enfant déjà détruit, entame un parcours compromis avant même d’avoir débuté. La violence comme seule réponse face à celle subit le plonge dans un engrenage sans échappatoire et chacun de ses choix, déterminé par un passé insurmontable, l’enlise toujours plus loin de toute forme de salut. Qu’en est-il alors de la compassion de ceux qui regardent et jugent ?

Quête impossible, « la rédemption », à laquelle il lui est néanmoins inconcevable de renoncer pour pouvoir enfin éradiquer « le démon » et briser la boucle.

« Il faut comprendre que c’est trop dur de demander à un enfant qui a enduré d’avoir en plus la force de faire les bons choix c’est comme si vous demandiez à l’éclopé de marcher mieux que les autres. »

C’est derrière les barreaux d’une prison, celle des hommes mais sans doute aussi celle de sa propre vie, que Duke, face à la mort et avec son propre « parlement », livre son histoire et interroge la question du bien et du mal « à l’ombre » de sa capuche et des textes de Saint Augustin.

Une claque ! Tant le terme de « coup de coeur » semble peu approprié pour parler de ce premier roman aussi magistral qu’éprouvant.

L’ami de Tiffany Tavernier

Critique de Pryscilla

Quand votre voisin s’avère être encore moins fréquentable que Sergi Lopez dans « Harry, un ami qui vous veut du bien »…

Lisa et Thierry forment un couple sans histoire et vivent dans une maison isolée dans la forêt à une dizaine de kilomètres du village le plus proche. Leurs seuls voisins, Chantal et Guy, sont devenus au fil des années, leurs amis. Des services rendus, des épreuves de vie traversées ensemble, des passions communes (l’entomologie pour les deux hommes) viennent combler les vides laissés par le départ du fils d’un côté et l’absence d’enfant de l’autre.

Lorsque un matin, Lisa et Thierry se retrouvent face aux hommes du GIGN venus prendre d’assaut la maison d’en face et ses occupants, c’est l’incompréhension la plus totale. Puis, vient la douche froide de l’explication sans appel et le début d’une longue descente aux enfers…

Pourquoi n’ont-ils rien vu ? Comment ont-ils pu ne rien voir ?

Harcelés par la presse, les questions de leur entourage et leur propre culpabilité, comment peuvent-ils continuer leur vie face à l’intolérable vérité ?

Tiffany Tavernier souligne l’inquiétante possibilité de ne jamais pouvoir complètement connaître l’autre et interroge cette zone de sentiments ambiguës entre l’amour et la haine, la colère et le sentiment de trahison.

Un roman bien mené malgré une fin assez peu compréhensible sur la question du pardon de soi et de l’autre qui prend ici des voies un peu trop détournées pour satisfaire pleinement le lecteur.

Brèves de solitude de Sylvie Germain

Coup de coeur de Pryscilla

2020, les rumeurs d’une crise sanitaire en toile de fond et une galerie de personnages dans un square. Un lieu où tous sont anonymes comme seul « motif » de ces identités qui se croisent sans réellement se rencontrer, fidèle représentation de nos modes de vie actuels. Frappés collectivement par le confinement (premier épisode), l’isolement de chacun, avec pour tous, la même nuit de pleine lune à contempler.

On interroge ingénieusement la question de la solitude dans notre société contemporaine : seul dans la foule ou avec soi entre quatre murs, on cherche et analyse les différences, libre au lecteur d’en tirer ses propres conclusions.

Chaque personnalité rencontrée est passée au crible, méticuleusement épluchée dans ses travers, ses manies, ses doutes et son humanité. Un exercice de style qui pourrait facilement basculer dans la caricature et qui sous la plume de Sylvie Germain tend à l’universalité. Chacun des personnages (une cruciverbiste presque aigrie, un fils dont la mère est en EPAD, une étudiante, un SDF… etc.) est à la fois seulement lui-même et le fidèle représentant de ses semblables.

Vous vous retrouverez, vous retrouverez votre père, voisin, ami dans ces pages. Vous retrouverez chaque portrait brossé par les médias, individu solidement cramponné à son individualité et incapable pourtant d’échapper à la machine générale.

Un excellent roman, définitivement vacciné contre le traitement nombriliste du coronavirus plutôt de rigueur sous la plume de nombreux auteurs depuis le début de l’épidémie.