
Le décor est planté dans un futur proche qui n’a rien de délirant. Dans une société hygiéniste à l’extrême, on se débarrasse du vivant imprévisible qui inquiète dans un monde que l’on voudrait sous contrôle. Animaux et végétaux, tout y passe, pour éviter la moindre contamination d’une humanité progressivement mise sous cloche. La forêt est parquée derrière de solides barrières en béton et la consommation de viande drastiquement réduite jusqu’à disparaitre.
Deux personnages s’affrontent au cœur de ce roman et y incarnent des réponses différentes à ce qui s’y joue. La croisée de leurs chemins en apothéose d’une dérive qui s’installe crescendo.
D’un côté, le jeune Augustin a connu la forêt, le « sauvage » et une vie en dehors des clous, des parents à la lisière de la légalité, leur perte et celle de son chien, Toby. Rattrapé par la loi du Sanum et cantonné à désinfecter à la chaîne chaque bribe de ce qui provient de l’extérieur de villes surprotégées, il se soumet jusqu’à ce qu’une rencontre réveille ses souvenirs d’un autre possible.
De l’autre, Vadim, personnage immédiatement trouble, allie une solide tendance au complotisme, panachée de masculinisme survivaliste, de carnisme et d’une sexualité toute aussi friande de pornographie qu’ignorante du consentement. Détestable abruti décérébré pour certains/es et puissant guide spirituel pour celles et ceux qui s’apprêtent à le suivre. Son projet est clair : pas question de renoncer à la bidoche, si l’homme a des canines ce n’est pas pour brouter de l’herbe. La communauté qu’il s’apprête à fonder sur les ruines d’un zoo abandonné dans « la jungle » appuie sa légitimité sur l’appel de la Nature que son délire auto-centré et sa soif de domination déforment, en moins de temps qu’il n’en faut pour mâcher une escalope, en camp de travail forcé assaisonné d’une bonne dose de sectarisme.
Une dystopie cruelle qui fonce dans l’outrance et l’outrage sans retenue.
À noter, amies lectrices et amis lecteurs : certaines scènes n’y vont pas avec le dos de la cuillère.
À découvrir en librairie le 26 août.
