Archives de catégorie : ♥ Le choix de la libraire ♥

Evasion, de benjamin Whitmer

Chronique de Pryscilla

Par une nuit noire et glaciale, à Old Lonesome dans le Colorado, une poignée de détenus parvient à prendre la clé des champs… L’évasion met le feu aux poudres dans cette petite ville où la prison est le principal pourvoyeur d’emplois et de revenus.

La traque s’engage, menée par un directeur aussi raciste qu’incompétent qui n’hésite pas à gonfler ses hommes aux amphétamines pour les lancer comme des chiens enragés sur les traces des prisonniers. Emportés par la violence des premiers événements, les habitants et des journalistes se mêlent à cette chasse à l’homme impitoyable… Ce n’est que le début d’une nuit cauchemardesque durant laquelle le droit et la morale n’auront plus le droit de citer…

Si Tarantino écrivait un roman, ce pourrait être celui-ci… Noir, haletant et sans concession jusqu’à ce que les premières lueurs du jour laissent apparaître les stigmates de cette nuit hors de tout contrôle.

Les frontières sont floues entre « les bons » et « les méchants » mais, derrière cette violence affirmée, Whitmer trace le portrait lucide d’un « trou perdu » de l’Amérique rurale, enfermé sur lui-même, dont les habitants, pris au piège d’un déterminisme social implacable, ont abandonné tout espoir d’en sortir un jour.

Tous prisonniers ? Sans doute… et finalement, bien peu d’évadés…

https://www.gallmeister.fr/auteurs/fiche/49/benjamin-whitmer

Ohio, de Stepehn Markley

Chronique de Pryscilla

À New Canaan, Petite ville d’Ohio frappée par la crise et la désindustrialisation, tout le monde se connaît depuis les bancs de l’école maternelle et il est bien difficile d’échapper à l’oeil de ses voisins. Stephen Markley déroule l’histoire d’une bande d’adolescents, frappée par le choc brutal du 11 septembre, qui marquera pour chacun ses premiers pas dans un monde décidément bien sombre. Entre drogues et histoires louches, sexe et alcool, éveils des convictions et rêves d’avenir, le petit groupe jusqu’alors soudé voit voler en éclat son apparente tranquillité. Presque une décennie plus tard, leurs destins convergent, un soir d’été, vers le lieu de leur enfance… l’heure est venue de régler leurs comptes et les langues se délient. Du drame social d’une Amérique durement touchée dans ses certitudes de grandeur, le roman bascule alors dans une atmosphère beaucoup plus noire et étouffante et les « cadavres » que chacun d’eux cachait dans ses placards apparaissent brutalement au grand jour.

Truffé de références hétéroclites, de Pascal à Alanis Morissette en passant par le disque de Phaistos, ce roman sans concession est une image parfaitement rendue d’un monde en déclin dans lequel chercher sa place et se construire n’est pas un combat gagné d’avance…

Stephen Markley, auteur à découvrir sans nul doute, nous livre, avec cette première publication, un texte très bien construit et orchestral caractéristique de la littérature américaine.

Une immense sensation de calme, de Laurine Roux

Chronique de Prycilla

Un simple regard posé sur Igor suffira à ce qu’elle s’abandonne, elle sait qu’elle le suivra… « Elle » ne sera jamais nommée, on comprendra sa jeunesse et sa fougue, et on l’imagine volontiers belle… Les éléments se déchaînent et c’est dans la cabane de la vieille Grisha qu’ils trouveront refuge… Autour du feu, dans les effluves de plantes médicinales, les gestes et les croyances anciennes, s’esquisse peu à peu le passé de chacun et se dessine la suite de leur chemin… Ils reprendront la route et marcheront… apaisés et sans peur, jusqu’à embrasser leur destin.

Dans la nature brute et sublime de ce qui pourrait être une Sibérie post-apocalyptique, l’oeuvre de Laurine Roux devient presque conte… intemporel et hors du temps, tout à la fois. Le roman peuplé de personnages malmenés par la vie, bercés de légendes, cheminant avec les ombres d’un passé tourmenté, et pourtant, splendidement lumineux, enivre par son écriture simple et poétique.

Laurine Roux, professeure de lettres modernes, vit dans les Hautes-Alpes. Une Immense sensation de calme est son premier roman… Une fois conquis par son univers littéraire, il vous faudra attendre août 2020 pour découvrir son deuxième « fils », Le Sanctuaire, qui paraîtra aux Éditions du Sonneur.

Un jour viendra couleur d’orange, de Grégoire Delacourt

Geoffroy est un enfant différent, qui ordonne son monde grâce aux chiffres et aux couleurs. Son père, qui ne le comprend pas, mêle sa colère à celle de la France qui s’enflamme. Sa mère tente de le protéger et se dévoue à accompagner les personnes en fin de vies. Et il y a Djamila à la beauté bourgeonnante, malmenée elle aussi par les autres, et touchée par sa candeur.

Des personnages riches, malmenés par la vie, entre violence et douceur ; un roman sensible, plein d’amour et d’humanité, qui touche au cœur.

Si je cessais de vous écrire, de Gilles Vincent

Tout commence par une lettre qu’un homme envoie à une femme, au hasard de l’annuaire. Puis le choix de celle-ci de répondre, de préférer l’intranquillité au cours paisible de son existence. Une correspondance hésitante s’installe, qui bientôt fait ressortir leurs tragédies et leurs blessures.

Un bref roman qui transporte dans la danse tumultueuse entre deux êtres, qui se découvrent et se dévoilent, jusqu’au plus profond d’eux-mêmes.

Une rose seule, Muriel Barbery

A la mort de son père qu’elle n’a pas connu, Rose se rend au Japon pour découvrir son testament. Là, elle est prise en charge par Paul, l’assistant de feu Haru qui lui a prévu une succession de visites de Kyoto et de ses temples.

Un très beau texte à l’écriture délicate, qui confronte une femme mélancolique et pleine de colère à la beauté mystérieuse et minérale de ce pays étranger.

Le dit du Mistral, d’Olivier Mak-bouchard

Au lendemain d’une nuit d’orage, le narrateur et son voisin découvrent dans un éboulis des vestiges antiques. Ils entreprennent des fouilles clandestines nt les découvertes vont bouleverser leur vie.

Le texte nous plonge au cœur du Lubéron, entre nature indomptée et légendes anciennes. Un récit qui fleure bon la Provence, porté par ses expressions chantantes, le Mistral, la rudesse du soleil et la douceur de l’eau rare.

Lettre d’amour sans le dire, Amanda Sthers

C’est le hasard qui pousse Alice dans ce salon de thé asiatique, puis à accepter le massage qui s’en suit. Sous les mains expertes, elle renoue avec son corps, dont elle s’était détaché pour oublier ce qu’il avait subit. Lorsque l’homme repart dans son pays, Alice lui écrit une longue lettre où elle confie ce bouleversement qui la réconcilie avec elle-même et se dévoile sans occulter les traumatismes du passé.

Un roman entre pudeur et sensualité délicate d’une femme qui s’ouvre à celui qui, par ses gestes et sa présence, l’a aidé à se libérer de son passé et à s’accepter.

La commode aux tiroirs de couleur, d’olivia Ruiz

Une jeune femme hérite d’une commode aux tiroirs colorés, dont le secret la fascinait enfant. Elle y trouve des lettres et souvenirs de sa grand-mère, qui déroule le fil de sa vie, depuis son départ précipité d’Espagne lors de la guerre civile.

Une belle histoire qui parle de transmission, d’exil et de secrets de famille.

Paris métro 2033 – Rive Gauche, de Pierre Bordage

Juss et Plaisance sont au service des Armuriers, qui explorent les tunnels à la recherche de nouveaux espaces et de ressources. Madone entreprend le tour des statiopées pour les rallier à son projet fédérateur et égalitaire. Parn, pasteur d’Elevation, met tout en œuvre pour étendre son influence à l’ensemble des stations.

Alors que la surface, devenue inhabitable, devient une légende mythique, les hommes réfugiés dans le métro se sont organisés en communautés qui luttent pour leur survie, la maîtrise des ressources, assouvir leur pouvoir… Tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins. Dans le confinement et l’obscurité, les émotions s’exacerbent et la violence est omniprésente.

Un roman qui s’approprie l’univers de Métro 2033 de Dmitri Glukovski pour nous offrir un autre possible, ailleurs dans le monde.