Archives de catégorie : ♥ Le choix de la libraire ♥

Histoire du fils, Marie-Hélène Lafon

Coup de cœur d’Élodie

André est le fils de Gabrielle, mère lointaine et intermittente, avec ses silences et ses grands airs, et de Paul, père fantôme dont il apprendra tardivement l’existence. Mais il y a sa tante Hélène, qui l’a élevé comme un fils avec son mari Léon, et les cousines comme des sœurs, puis Juliette et Antoine.

Le récit déroule, en douceur et par petites touches, les moments forts de cette famille ancrée entre Lot et Cantal, ses bonheurs comme ses silences pesants.

Suzuran, d’Aki Shimazaki

Coup de cœur d’Élodie

Depuis son divorce, Anzu se consacre à son art de la céramique. Elle mène une vie apaisée entre son fils, son ex-mari, ses parents vieillissants, jusqu’à ce que sa sœur aînée revienne leur présenter son futur beau-frère.

Un roman plein de poésie, de douceur et de délicatesse à l’image de la fleur qui lui donne son nom : Suzuran, le muguet, évoque ces boules à neige abritant de minuscules paysages : il suffit de les secouer pour que se lève la tempête…

Entre deux mondes, d’Olivier Norek

Bastien vient d’être muté à Calais et découvre une ville marquée par la présence de la Jungle voisine, univers sans loi où les autorités n’ont pas prise. Il va croiser la route d’Adam, migrant et ancien flic qui se raccroche à son métier pour ne pas sombrer dans la folie, suite à la disparition des siens.

Un roman noir qui nous immerge dans la complexité de la Jungle de Calais, entre violence et humanité, qui suscite des sentiments forts et contradictoires de révolte, de colère, d’impuissance ou de résignation.

Fin de saison, de Thomas Vinau

Coup de cœur de Pryscilla

« Qu’est-ce qui nous tient quand tout s’écroule ? »

Il existe des gens auprès desquels on se dit qu’on aurait toutes les chances de survivre à la fin du monde, Victor, n’en fait pas partie. Loser magnifique, fainéant jusqu’à l’art d’en vivre, bricoleur picoleur du quotidien, cet anti-héros ne nous vend pas du rêve. Reclus dans sa cave alors que les éléments se déchaînent, coincé entre la cuve à fioul et les cartons prêts pour le prochain vide grenier, avec pour seuls compagnons d’infortune un chien et Cono le lapin, ses chances d’être celui qui sauvera le monde et ses proches sont minces.

Dans ce roman où l’humour noir et l’ironie côtoient la poésie qui le caractérise, Thomas Vinau, nous livre les états d’âmes et réflexions d’un « monsieur tout le monde » confronté à l’effondrement. Évidemment, on s’y retrouve ! On aimerait pouvoir se convaincre que dans la même situation, on serait de ceux qui prennent les choses en main. Mais, il y a fort à parier qu’à l’image de Victor, bon nombre choisirait la gnôle et les conserves de grattons de canard.

Auteur génialement protéiforme, (romans, nouvelles, jeunesse et poésie entre autres) Thomas Vinau n’en finit pas de nous étonner. Ne passez pas à côté de ce livre, lucide contre pied à notre époque dopée à l’efficacité et aux résultats, vous sourirez, vous rirez et, même, vous réfléchirez !

Aux lecteurs charmés, à ceux qui ne le connaîtraient pas encore, à tous, le magnifique « Ici ça va » du même auteur est disponible aux éditions 10/18.

« Mais non monsieur, tu veux te plaindre, tac tac, on te fout une fin du monde. T’auras des bonnes raisons de chialer comme ça. Ah tu crois que le temps qui passe est une saloperie ? Tu vas voir qu’il y a pire mon cochon. Bien pire. »

Le blog de l’auteur, c’est ici : http://etc-iste.blogspot.com/

Isola, d’Asa Avdic

Coup de cœur de Pryscilla

2037, Protectorat de Suède. Après son difficile et très médiatisé retour de mission humanitaire, Anna Francis, mère célibataire, travailleuse acharnée, a bien du mal à retrouver sa place parmi les vivants.
Contactée par ses supérieurs hiérarchiques pour participer à une opération de recrutement classée secret défense, elle se retrouve accompagnée de six autres personnes sur une petite île déserte au climat hostile, Isola. Dès son arrivée sur les lieux, le rôle d’observatrice qui devait être le sien la place dans la terrifiante situation de témoin impuissant face aux étranges évènements qui se produisent. Saura-t-elle obéir aux ordres coûte que coûte ? Et parviendra-t-elle à quitter ce lieu si peu hospitalier ?

Dystopie et roman noir, le livre nous plonge dans un monde où la manipulation des esprits par les puissants n’a aucune limite lorsqu’il s’agit d’asseoir leur pouvoir. Ce huis clos implacable et tout en tension n’est pas s’en rappeler dans sa trame le classique d’Agatha Christie, (ex !) 10 Petits Nègres, revisité à la sauce suédoise.

Mon père, ma mère, mes tremblements de terre, de Julien Dufresne-Lamy

Dans la salle d’hôpital, Charlie et sa mère attendent. Un père, un mari. Dans quatre heures, ils découvriront Alice. Alors que les minutes s’égrainent, Charlie se remémore les deux dernières années, depuis le séisme qui a secoué sa famille avec l’annonce du père jusqu’à cette opération, en passant par tous les tremblements qui ont accompagnés le parcours de transition de son père.

Un roman sensible et juste, sur la transidentité vu par les proches, entre interrogations et acceptation, plein d’amour d’un fils pour son père.

Chavirer, de Lola Lafon

Coup de cœur de Pryscilla

1984. Les cours de danse à la MJC de Fontenay, Cléo, 13 ans, y consacre toute son énergie. Lorsque la très élégante Cathy la repère parmi toutes et lui fait miroiter la possibilité d’une bourse de la fondation Galatée pour réaliser son rêve, la petite fille est pleine de fierté. Des cadeaux, de l’argent, un milieu cultivé et raffiné jusqu’au déjeuner avec les membres du « jury » durant lequel elle devra faire preuve de « maturité ».

« Les doigts comme des insectes agacés (…), il suffisait de se tenir parfaitement immobile.»

Le conte de fées tourne au cauchemar, Cléo n’est pas choisie mais peut-être pourra t-elle retenter sa chance l’an prochain ? et en attendant, elle pourrait aider d’autres jeunes filles à obtenir la bourse en les présentant à Cathy… Le piège se referme et, pour ne pas déplaire, pour continuer à croire que le rêve est possible, Cléo endosse le terrible double rôle de victime et bourreau.

Ce qu’il se passe dans les 30 années qui suivront, ce sont ceux qui croiseront la vie de Cléo qui nous le raconteront. Yonasz, Lara, Nico et les autres rassemblent les bribes de sa personnalité et de son parcours, de la MJC aux paillettes des shows télévisés, des espoirs déçus aux moments plus doux, jusqu’à l’explosion du mouvement « me too ». Un projet de documentaire, des langues qui se délient difficilement et tout ce que chacune avait tenté d’enterrer revient enfin en lumière.

Un texte fort et pudique sur cette délicate question des réseaux pédophiles. Ce serait cependant réducteur de s’en tenir là… La danse et ses souffrances, la culture populaire des années 1980 et 1990, Derrida et Goldman en exergue du roman, les questions de la culpabilité, du pardon, de l’oubli, qui jalonnent la vie de ceux et celles « qui sont passés par là ».

Les dynamiteurs, de Benjamin Whitmer

Coup de cœur de Pryscilla

1895. Une bande d’orphelins menée par deux adolescents, Cora et Sam, tente de survivre dans le cloaque des bas fonds de Denver… Pas de quartier pour ces enfants laissés pour compte, il faut lutter pour manger et grandir en échappant au monde des « Crânes de Nœud » soit les adultes séparés en deux catégories : les putes ou les voyous.

« C’était que d’être adulte est en soi-même un genre d’arnaque. »

Lorsque Goodnight, géant au visage mutilé et muet, fait son entrée dans leur repère, Sam veut croire à une forme de salut… Mais, le jeune garçon se retrouve bien vite entraîné dans des affaires toutes aussi violentes que sordides et bientôt, face à l’engrenage dans lequel il a mis le doigt, Sam comprend qu’un premier mauvais choix n’est que le début d’une très longue série…

« Il y a une forme de salut dans le fait de haïr la merde qui est à l’extérieur de vous plutôt que la merde qui est à l’intérieur de vous. »

« La quintessence du noir » dit Pierre Lemaitre… Nous y sommes ! Sans pour autant rivaliser complétement dans la noirceur avec le précédent roman de Whitmer, Evasion (Collection « Totem », éditions Gallmeister) qui est un modèle du genre. Il y a du western dans l’atmosphère de ses pages et également un regard bienveillant, presque nostalgique sur les défavorisés. Une lecture qui ne laisse forcément pas indifférent entre hauts le cœur et moments de tendresse…

Maille à maille, de Simone Righetti

La mémoire de Sarah est comme les tricots qui naissent sous ses doigts : elle essaie de rassembler les mailles et de combler les trous. Elle ignore qui elle était avant d’être arrachée à ses parents aux portes d’Auschwitz, recueillie par un officier SS pour servir de poupée vivante à sa fille handicapée…

Un court récit qui nous emporte dans les pensées contradictoires d’une femme qui s’est construite entre maltraitance et affection pour ses bourreaux qui constituent, malgré tout, sa seule famille.

Impossible, Erri de Luca

En pleine randonnée, un homme en voit un autre chuter au fond d’une ravine. Il prévient les secours et se voit arrêté puis interrogé : les deux hommes se connaissaient et le magistrat est bien déterminé à ne pas croire au hasard. L’homme de loi remonte dans un passé révolutionnaire qu’il n’a pas connu et l’interrogatoire se mue en un dialogue entre deux hommes opposés et deux générations.

Ce nouveau roman nous plonge dans l’immensité de la montagne où les lois ordinaires n’ont pas cours, et dans la complexité d’une histoire pas totalement révolue, avec ses secrets et ses trahisons.